Là où naissent les nuages
C'est une migration entre Himalaya et Asie Centrale à parcourir les pays de cumulus, en nuages d'encre, de lait, de coton,......


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Hippie ya ya youpi youpi ya !

Après une escale quelque peu sonore à Jaïpur en compagnie de nos marcheuses préférées, nous reprenons la piste en direction de Pushkar, village sacré à plus d’un titre, que cela soit pour les pèlerins Hindous (où Brahma est révéré), les amateurs de dromadaires et l’une des foires les plus colorées du pays, ou les Hippies qui ont fait de ce hameau, leur lieu de prédilection.  
 
Pushkar se révèle un paisible village qui vit au rythme d’un tourisme Occidental avec tout ce que cela peut comporter comme pizzerias, magasins de fringues psychédéliques, café branchés et concert reggae, etc. Mais Pushkar c’est aussi un lieu saint pour bien des Indiens qui convergent vers le lac sacré, point névralgique où sont concentrés ghats décrépis et coupoles de temples anciens. Les pèlerins défilent en masse dans une exubérance de couleurs et de senteurs qui font de ce balai, un spectacle auquel on ne se lasse pas d’assister. On y vient pour méditer, observer, écouter les litanies religieuses, admirer la grâce des Indiennes qui une fois leur bains terminées sèchent leurs saris multicolores aux caprices de la brise. Les reflets des temples dans la douce lumière du soir, la grâce des échasses qui batifolent le long des bassins, l’ordinaire du superbe berger Rajpoute qui paraît bien frêle lorsqu’il a ôté toutes ses couches de vêtements avant son bain de purification sont autant de moments magiques que l’on prend le temps de savourer.
 
Pushkar est une étape fascinante, on a beau être à 2 de tension et récupérer de notre épopée Ladakhis, la tendance est au retour et au futur professionnel qui nous attend. La location d’un scooter pour parcourir la steppe désertique nous donne un peu d’élan pour délaisser quelques heures la magie des lieux et emmagasiner quelques images supplémentaires, entre carrioles de dromadaires et belles paysannes occupées à récolter des légumes, avant de poursuivre dans un dernier bus chaotique et poussiéreux, à travers la campagne, en direction de Jodhpur. 
 
 

 

Jodhpur est un bel épilogue à notre voyage même si l’on constate avec surprise que le bleue de cette cité semble perdre du terrain, car bien des bâtiments délaissent la couleur phare de cette ville de légende pour un camaïeu de beige et de rose plus quelconque et moins authentique. Aucune législation et peu de moyens sont mis à disposition pour permettre de garder une certaine cohérence dans le développement urbain quelque peu anarchique de la vieille ville de Jodhpur. Cité qui attire toujours autant de voyageurs venus s’émerveiller devant l’imposante forteresse de Mehrangarh ou folâtrer autour du marché central de clock tower. C’est le cas de Sharki qui n’a pas son pareil pour rencontrer les gens et rendre les discussions tellement prenantes qu’on en oublierait presque l’heure avancée et notre retour…

 
Il est surprenant de constater à quel point le temps passe vite. Les souvenirs défilent, ces derniers mois ont été riches d’enseignements et de rencontres. On sent dans la douce lumière du soir que l’escapade de Pushkar ou la halte de Jodhpur sonnent le glas de notre voyage au long cours. Il va nous falloir revenir à d’autres réalités, des réalités probablement plus terre à terre et moins enclines à tenter de percer les mystères quand à l’origine des nuages, qu’ils soient cumulus, de chagrins, d’encre, de lait ou d’encens, etc.
On reste donc sur un nuage même s’il faudra probablement éviter de rester trop longtemps dans les nuages pour redescendre sur terre, et un avenir que l’on espère sans nuages !

 

 



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Publié à 11:03, le 20/02/2011,
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Le Chadar, un trekking à faire fondre plus d’un adepte de la marche…


C’est dans un décor enchanteur feutré par l’épaisse couche de poudreuse que l’on reprend la direction du Chadar. Les bois sont à l’heure de Noël avec des arbres aux boules de neige, alors que les cheminées de fées sont coiffées de belles calottes blanches. La neige est synonyme de redoux avec des températures qui n’avoisinent plus que les -10 degrés. Résultat, la glace se fait plus fine et plus craquante. Et les glissades cachent parfois de drôles de surprises lorsqu’un pan de Chadar s’affaisse. La glace sous l’effet du soleil est à la fête, elle s’irise de mille reflets et prend des couleurs inhabituelles.

 

 

La vallée encaissée qui mène jusqu’au village Ladakhis de Lingshed est encombrée par les coulées de neige. L’entrée dans un petit canyon où s’écoule un ruisseau partiellement gelé est l’occasion de découvrir un paysage lunaire ou glace et minéral sont parfois en suspension alors que les formes torturées de la roche nous indiquent combien le ruisseau peut devenir rivière au moment de la fonte des neiges.

 

Lingshed est un village aux maisons imposantes et au niveau de vie semble-t-il supérieur à tout ce que nous avons pu voir au Zanskar. L’ambiance est bonne enfant et le village est tellement agréable que l’on décide de prolonger notre séjour d’une nuit supplémentaire, quitte à crapahuter plus longtemps lors des 3 derniers jours de Chadar. L’ascension jusqu’au monastère dans un décor de rêves est l’occasion de tutoyer les 4000 mètres d’altitude et retrouver le calme et la sérénité Bouddhique. Après la visite des différentes succursales de la lamaserie, les moines nous convient dans leur tunique d’hiver dont un bonnet des plus atypiques (en forme de chapeau de Schtroumpf) à déjeuner dans une cuisine noircie par la cuisson de la tsampa. La tsampa n’est pas la lointaine cousine d’une danse exotique qui met en transe plus d’un Brésilien, il s’agit seulement de farine d’orge grillé, aliment de base sur les hauts plateaux Tibétains !

 

La redescente vers le Chadar en compagnie d’Otsal (jeune nonne) s’effectue en mode accéléré car la fonte des glaces a commencé, et mieux vaut ne pas trop traîner en chemin, sous peine de connaître un sort similaire à l’un des porteurs Japonais tombé dans un trou d’eau peu avant la nuit.

 

Après les Chadar chadore, notre contorsionniste favorite dont le teint neigeux en dit long sur son état de fatigue avancée en est maintenant au stade Chadar charrette ! Tandis que la reine de la luge est en pôle position du maillot à poids, et Franck et Marie ont beau faire de leur mieux pour lui chiper la première place, rien n’y fait, elle a la chute tellement gracieuse ! Targuiz ironise sur les bottes Mongoles de Franck dont les coutures manifestent des signes de faiblesse répétées alors que Marie parle de se greffer un rouleau de papier toilette dans les naseaux tant son nez coule !


 

Le chemin du retour à Leh est marqué par la fonte de la glace et des portions de Chadar qui s’avèrent un vrai bourbier, sorte de soupe à la glace où vos pieds finissent inévitablement trempés. La fin du Chadar approche, et le trafic piétonnier est dense car beaucoup de locaux profitent des fêtes (nouvel an Tibétain) pour s’en retourner chez les leurs ou partir visiter des proches. Lama Sonam nous retrouve affûté d’une paire de cuissarde, car la glace a cédé sur 50 mètres, et il va falloir goûter aux joies d’un plouf improvisé. La traversée avec les cuissardes qui se remplissent d’eau est tout sauf un plaisir, l’eau gelée tétanisant les muscles alors que votre encéphale vous ordonne de sortir au plus vite. Finir en sous-vêtement dans le Chadar alors que la neige retombe de plus belle est une expérience originale qu’il vaut mieux ne pas renouveler trop souvent, sinon votre libido pourrait en être affectée !

 

On termine le Chadar sous des « hourras victorieux » tandis que la dernière pause déjeuné sonne le glas de 3 semaines d’osmose avec une équipe sensationnelle. A n’en pas douter, les glaces du Chadar continueront longtemps de craquer et de glisser dans nos esprits.

 

Le retour à Leh nous permet de retrouver un peu de confort sommaire avant de faire nos adieux aux cuisiniers et porteurs, et partir visiter les monastères d’Hemis et de Thiksey dans les vallées adjacentes. L’heure est à la discussion avec Lama Sonam à propos des mutations qui affectent Ladakh et Zanskar, du manque d’engouement parmi les jeunes à devenir moines, ou de la nécessaire adaptation du Bouddhisme à une société Indienne en constante évolution.

 

On quitte donc Ladakh et Lama Sonam avec autant de nouvelles questions que de réponses, pour aller retrouver la douceur de Jaipur, et passer du blanc immaculé du Chadar au rose panthère de cette ville des 1001 nuits.



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Publié à 11:10, le 10/02/2011,
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Le mirage de Phuktal !


Il n’y a pas que dans les déserts que l’on soit berné par les mirages. Et le chemin pour atteindre le spectaculaire monastère de Phuktal est une véritable chimère… Phuktal est difficilement accessible durant l’hiver car enclavé dans une vallée enneigée. Or pour le moment, les flocons restent discrets et le sentier qui mène au monastère paraît accessible.

 

Point de guide assermenté cependant, pour cette virée monastique, mais l’un des cuisiniers qui reprend le rouleau, euh non le flambeau, pour nous indiquer le chemin à suivre ! Survient alors un moment d’hésitation, entre membres de l’équipe qui envisagent de poursuivre sur la route principale et ceux qui se sentent pousser des ailes, pour grimper à flanc de montagne par un sentier qui va s’avérer des plus pénible. Pénible parce que verglacé et large de quelques centimètres avec le ravin en contrebas. Pénible ensuite car autant les bottes Mongoles de Franck sont adaptées au Chadar, autant elles font office de savonnettes lorsqu’il s’agit d’amorcer la descente. Enfin, l’infirmière a probablement davantage le pied marin qu’Himalayen ! Et cette marche périlleuse a de quoi en écœurer plus d’une ! Comme le dit si bien ce proverbe oriental, « avant de te préoccuper de la route, inquiète toi du compagnon ». Or lorsque ces derniers ne sont pas à leur aise et que le jour de marche qui nous sépare de Phuktal s’avère paraît-il plus escarpé, il est des moments où la sagesse vous dicte de laisser tomber et d’en profiter pour rebrousser chemin.

 

Le minuscule hameau de Dorzon qui ne comptabilise que deux maisons est l’occasion de découvrir le quotidien des Zanskarpas dont les enfants et leurs glissades effrénées sur des luges de fabrication locales, et la sensationnelle coiffe traditionnelle des femmes, la Peyrac (ornement recouvert de quantités de turquoises). Vivant reclus dans leurs villages et bénéficiant d’un minimum de facilités au sens Occidental du terme, les Zanskarpas sont pour beaucoup contraints de vivre de manière autonome durant l’hiver, car les déplacements et les activités déclinent à mesure que le froid et la neige font leur apparition. Les familles disposent alors de peu d’opportunité pour se ravitailler et doivent compter sur leurs uniques provisions pour passer l’hiver. Provisions qui sont le fruit de l’agriculture, de l’élevage ou des retombées économiques liées au tourisme.

 

     

 

Plus les journées de marche sont courtes et moins notre équipe a besoin de lever la jambe et compense donc ce manque par un lever de coude considérable ! Quand Lama Sonam n’est pas là, les porteurs dansent et le chang (bière artisanale) coule à flots ! Les Zanskarpas ont l’alcool aussi facile que les Mongoles. Les rudes conditions de vie ne sont probablement pas étrangères à cette addiction. Comment ne pas perdre la tête pour certains villageois imbibés qui en sèment jusqu’à leurs bols d’argent traditionnel sur le chemin de Karsha.

 

Karsha et cette déception passagère de constater que le retour programmé sur le Chadar en compagnie de Lama Sonam n’aura pas lieu, car il est rentré précipitamment à Leh. Targuiz sera donc des nôtres pour nous montrer la voie. Place au monastère, à la nonnerie, et à la séance matinale de prières, avant que les cumulus n’entrent en lice, obstruant la vallée avec d’importants flocons. On repart malgré la dégradation climatique sous une grosse purée de pois qui se transforme en tempête de neige aux environs d’Hanamur. Locaux et marcheurs (dont un groupe de trekkeurs Japonais) se terrent donc dans cette petite bourgade dans l’attente d’une accalmie qui surviendra le lendemain avec un soleil resplendissant et 80 centimètres de poudreuse.

 

Le marcheur sexagénaire Japonais, ce n’est pas de la poudre aux yeux ! Il faut le voir pour le croire ! Arpenter le Chadar quand on est âgé de 60 à 70 ans n’est pas donné à tout le monde, et cela « sushite » (sic !) bien des réactions d’étonnement ! On n’est pas au bout de nos surprises avec nos amis marcheurs du soleil levant….



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Publié à 11:10, le 4/02/2011,
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Le pays des glaces…


Les jours défilent et la nature a beau être engourdie, les traces de loups, de lièvres et le vol d’oiseaux donnent encore un semblant de vie dans cet univers ou seul le clapotis du Chadar fait écho au grondement de la glace qui fond. L’entrée au Zanskar se fait par la grande porte et une immense cascade de glace, celle de Nierak. Entre temps les porteurs nous acclament au pied d’un conifère qui ploie sous les dizaines de drapeaux à prières multicolores et nous offrent en guise de bienvenue un de ces petits bouts de tissu coloré. Nierak est également l’occasion de renouer avec un village escarpé dont la guest-house permet de goûter l’instant d’une soirée aux joies de 4 murs de torchis, à la latrine de la mort avec une belle plaque de verglas juste devant l’entrée, et au chauffage local qui ressemble à s’y méprendre à un fumoir à saumons. On s’imprègne d’ailleurs rapidement des odeurs de combustion de bois et de bouse de yak alors que les yeux piquent tellement qu’il faut souvent aérer pour respirer à nouveau l’air vivifiant.

 

Le Chadar est jugé trop instable le lendemain pour poursuivre les derniers kilomètres avant d’atteindre Cherak Dok, ses campements d’ouvriers et son hôtel du bout du monde. Nous empruntons donc le tronçon de piste que le gouvernement Indien construit pour désenclaver un Zanskar coupé du monde 8 mois del’année en raison de la neige. La route progresse d’environ 10 kilomètres par an et 50 bornes de falaises et de roches sont encore à percer afin de rallier le Zanskar au Ladakh. Le travail apparaît donc titanesque et les restes d’un tractopelle (2 personnes y ont perdu la vie) engloutis sous un éboulis ne sont pas sans nous rappeler la dangerosité et la pénibilité d’un tel travail.

 

Les derniers pas sur le Chadar avant de pénétrer dans la vallée de Zangla sont l’occasion pour Julien et Mathieu de gouter aux joies d’une grotte frigo tandis que la seule chambre de l’hôtel de Cherak Dok nous est attribuée en raison de notre crève persistante. D’hôtel, ce boui-boui n’en n’a que le nom et le tarif exorbitant d’un palace ! La toile qui fait office de toiture semble appartenir à la légende du Chadar et aux siècles passés tant elle est trouée ! Pour le reste, la couche consiste en un espace minuscule pour 4 personnes, compressé entre des murets et un tas de bois, et c’est une bâche plastique qui fait office de literie sur un nid de pierres saillantes. De quoi jouer les sardines fakirs pour se tenir chaud et tenter de fermer l’œil ! Bref, on n’oubliera pas de si tôt Cherak Dok, et le réveil à l’aube s’effectue au pas de course pour sortir affronter un froid mordant qui gèle la moindre partie de visage non couverte.

 

La portion de Chadar que nous empruntons est si étroite qu’elle ne voit pas souvent le soleil et l’eau disparait donc sous l’épais manteau de glace pour ne réapparaitre que plus loin, alors que la vallée s’ouvre et laisse entrevoir de superbes concrétions rocheuses qui portent la douce appellation de cheminée de fées….

On se croirait presque dans un compte de fées lorsque nous atteignons Pigmo et la chaumière de Nawang dont le poêle chauffe à plein régime une pièce où sont installés de confortables matelas. La fin d’une étape difficile se mesure par un silence qui en dit long sur l’état des organismes lors de la première demi-heure où chacun se réchauffe et récupère comme il peut, avant d’entamer les discussions.

 

Targuiz est réquisitionné pour nous dégoter une consultation auprès du médecin traditionnel appelé Amchi afin qu’il vienne à la rescousse de nos bronches de plus en plus encombrées. Le vieux docteur entreprend alors un diagnostic personnalisé sur base de notre pouls qu’il palpe avec attention. Ses révélations sont troublantes de vérité et il nous administre une préparation en poudre à base de plantes savamment collectées pour leurs propriétés curatives. On avale cette substance infecte en faisant comme une moue d’enfant ce qui lui donne l’occasion de bien rire. Son traitement qui diffère quelque peu entre chaque malade va s’avérer des plus efficaces après 3 jours. De quoi semer le doute chez un public d’infirmières dont les antibiotiques n’avaient pas réussi à venir à bout du microbe de la canebière !

 

 

 

Le village de Zangla est l’occasion de faire une pause monastique dans une nonerie avant d’aller se balader entre les maisons de type Tibétain (dont les murs de pierres sont peints de blanc et de rouge et dont les toitures plates servent de greniers à foin et de crèche pour les agneaux et les chevreaux), et les nombreux chortens. Les toques et les bottes Mongoles suscitent bien de la curiosité parmi les Zanskarpas, et Marie est à deux doigts de voir une grand-mère lui troquer un bonnet de laine usé contre sa belle fourrure. Le monastère de Standek perché sur un éperon rocheux qui fait face à celui de Karsha et à la vallée de Padum (capitale du Zanskar) est l’occasion de retrouver l’atmosphère sombre imprégnée par l’odeur rance du beurre de yak, de salles décorées d’anciennes peintures murales qui retracent la vie de Bouddha, d’autels et d’objets rituels qui lui sont consacrés ainsi qu’à sa Sainteté le Dalaï Lama. Les moines nous invitent à prendre une tasse de thé tandis qu’un autre groupe de marcheurs fait son apparition. Le genre de vieux beaux qui se vantent d’avoir traversé une portion de Chadar avec de l’eau jusqu’à la taille sur un kilomètre. De quoi étonner Targuiz et éveiller un peu de suspicion sur la véracité des propos de ces 3 montagnards au look de Pétrolan !

 

 

 

La visite du monastère terminée, on regagne Padum en voiture pour un dernier repas de pâtes au thon avec nos compagnons de marche, Julien et Mathieu. Il est temps de se dire au revoir car les aventures du monastère de Phuktal nous attendent alors qu’ils doivent filer sur Karsha avant d’entreprendre le chemin de retour jusqu’à Leh.

  



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Publié à 14:28, le 1/02/2011,
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Le Chadar, chadore !


Les premiers kilomètres en 4x4 pour atteindre Xiling, notre point de départ du Chadar sont l’occasion de rappeler combien les Indiens sont fiers de leurs bataillons militaires via les nombreuses affiches publicitaires. A contrario le comique des panneaux de signalisation destinés aux conducteurs - dont l’inévitable « driking whisky, driving risky ! » - tranche avec le sérieux des « chasseurs Himalayens » Indiens.

 

Le manteau de neige se fait plutôt discret dans les fonds de vallées mais le froid est cinglant ce qui est de bon augure pour notre marche. Un petit tertre nous offre notre première vision de la rivière gelée, qui coule doucement en contrebas, entravée par de gros pains de glace, elle disparait parfois complètement sous la banquise. Plus on s’enfonce dans des canyons arides où la roche ocre et cuivrée contraste avec le turquoise du Chadar et plus le chemin nous réserve des surprises. Bloqué à deux reprises par les éboulis, nous devons notre salut à un camion de l’armée et aux artificiers qui déblayent le passage à coups de dynamite. Ces contretemps ne sont que les prémices de ce que nous réserve le Chadar. Car il y est presque impossible d’y prévoir l’épaisseur du manteau de glace qui peut varier en l’espace de quelques heures !

 

Arrivés à bon port, notre équipe de 7 porteurs (dont les vétérans Nawang et Parfa), de 2 cuisiniers (Sonam et Lobzang) et d’un guide (Targuiz) nous attend. Les luges confectionnées à base de bois et de caoutchouc sont affûtés en vue du grand départ. Car si la glace le permet, les porteurs feront glisser leur barda sur ces petits traineaux de fortune. Lama Sonam et Targuiz font les cent pas pour s’assurer que tout est prêt avant de nouer autour du cou de chacun une écharpe en guise de bonne chance pour le périple. Le convoi peut donc s’élancer pour 3 semaines de folies jusqu’aux confins du « petit Tibet ».

 

 

Les premiers pas sur la glace sont magiques. Il faut se familiariser avec ce nouvel environnement. On déambule tant bien que mal en mode manchot plutôt que marcheur ! On révise donc en vitesse accélérée nos gammes de patinage et nous inspirons du volatile pour rester debout ! Il faut se concentrer et ne pas détourner son attention pour éviter toute gamelle inutile. Le concours de la luge d’or est lancé, et chacun veille à ne pas ouvrir le bal du coccyx mâché !

 

C’est un véritable cache-cache auquel le soleil se livre avec les parois vertigineuses des canyons entre lesquelles nous nous engouffrons. Commence alors un théâtre d’ombres chinoises sur une glace où se reflètent nos silhouettes et les montagnes. Le soleil illumine de bleu le turquoise du Chadar et d’acier les vasques des ruisseaux figés dans la glace.

La glace craque et grince sous nos pieds, les résonances et les bruits vont du verre brisé aux gammes de xylophone. Tantôt pilée, tantôt banquise, tantôt fantomatique, la structure de la glace est en constante mutation. L’action combinée du gel et du dégel rivalise de talents pour des sculptures éphémères qui se disloquent sous l’action du Chadar. Targuiz ouvre la voie avec son bâton de pèlerin. Véritable « Moïse du Zanskar », il reste prudent et adapte l’itinéraire aux caprices de la rivière, pour le plus grand bonheur de nos petits pieds.

 

 

Les premiers goulots d’étranglement larges de quelques dizaines de centimètres nous poussent à nous agenouiller ou à escalader la falaise pour continuer. Notre souplesse fait peine à voir comparée à la grâce du patineur ou l’agilité du cabri développées par notre équipe. Pour nous, dans ces moments-là, c’est sûr, « cabri c’est finit » !!! Lorsqu’un passage s’avère dangereux, les porteurs nous attendent pour assurer nos prises et nous faciliter la tâche. Les Ladhakis ou les Zanskarpas sont comme la « Pie qui chante », petits mais costauds ! D’une poigne ferme et sécurisante ils vont jusqu’à nous treuiller comme des gorets qui grouinent leur appréhension !!!!

 

Point de villages aux abords du Chadar pour nos premières nuits que nous effectuons dans des grottes ouvertes aux 4 vents. On se mue en famille Pierrafeu le temps de soirées confinées dans les anfractuosités non pas 5 mais millions d’étoiles ! Le feu de bois devient vite un rituel incontournable où chacun se blottit pour se réchauffer et sécher ses vêtements. La « Barilite » a gagné du terrain, Stéphanie et Franck succombent à leur tour. Fièvres et quintes de toux rythment donc nos nuits blanches. Etrangement, on reste éveillé bien des nuits, les yeux rivés sur la voute céleste, le symptôme de la grotte serait-il en train de nous gagner ?



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Publié à 14:57, le 26/01/2011,
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